INSTITUT D'ANDROLOGIE

L'identité masculine

G. ARVIS


L'identité liée au sexe peut se formuler par une seule question : qui est homme` ? ou : qu'est-ce qu'être homme ? Avec cette question, nous nous trouvons au coeur de l'andrologie, mais aussi sur ses frontières avec l'anthropologie, la sociologie ou la philosophie. Si sa formulation est simple, les réponses possibles soulèvent d'innombrables problèmes d'ordre biologique, psychologique, éducatif... qui n'ont pas tous - tant s'en faut - trouvé leur solution.


Pour chaque homme l'identité masculine se forme en deux temps ou de deux façons. II y a d'abord la fabrique du mâle - biologique et anatomique par des processus comparables à ceux de l'animal (mammifères) ; il y a ensuite l'élaboration du masculin où la psychologie joue un rôle prépondérant. C'est au cours et à la fin de ces processus de formation de l'identité que se pose, implicitement le plus souvent, la question : qui est homme ?


Cette question qui se pose à chaque individu en soulève immédiatement une autre, celle de savoir sur quels critères se reconnaît un homme. La reconnaissance d'un homme se fait d'une double façon : extérieure et intérieure

- La reconnaissance extérieure est celle de la société. L'individu reconnu comme homme doit être identique à un modèle masculin à la fois explicite et implicite. La reconnaissance par la société se fonde sur des caractéristiques externes et, plus tard, sur des comportements qui sont ceux du modèle. Ce modèle n'est pas hasardeux ; ses caractéristiques sont celles nécessaires à l'accomplissement d'un certain nombre de fonctions sociales.


- La reconnaissance intérieure est celle de l'individu luimême. Est homme celui qui a la conviction intime de l'être, qui se veut en conformité (identique) avec l'image qu'il a de l'homme ou/et avec le modèle proposé par la société. La reconnaissance par l'individu de sa qualité d'homme est en grande partie d'ordre psychologique ; elle fait intervenir des mécanismes assez complexes.


De la congruence entre ces deux reconnaissances naît l'identité masculine. La compréhension des mécanismes qui aboutissent à la naissance et au développement de l'identité masculine nous obligent à envisager quatre aspects avant d'inventorier le contenu de celle-ci


- la fabrique du mâle,
- l'élaboration du masculin,
- le modèle masculin,
- les processus d'identification,
- le contenu de l'identité masculine.

I - LA FABRIQUE DU MÂLE


Elle s'effectue en trois étapes

- Pendant la vie foetale,
- Au moment de la naissance,
- À la puberté.

A- LA DIFFÉRENCIATION FOETALE


Tout commence avec le chromosome masculin Y et le gène SRY. En effet, comme l'ont montré les expériences de Jost, l'embryon de mammifères est programmé pour se développer comme femelle ; il faut donc l'intervention d'agents masculinisants pour imposer une transformation mâle du corps (Josso). On ne connaît pas encore avec précision l'agent émis par SRY et s'il agit seul ou en combinaison avec un gène de chromosome X.


La différenciation dans le sens mâle débute vers 6 semaines avec la constitution de la gonade primitive (crête génitale). La sécrétion d'une part de l'hormone antiMüllerienne qui entraîne la disparition des canaux de Müller, d'autre part la fabrication de testostérone à partir de la 8e semaine vont imposer le développement d'organes génitaux mâles au niveau de l'embryon puis du foetus.


**On remarque d'emblée l'ambiguité, en français du mot «homme» qui désigne aussi bien le sexe, l'adulte mâle (en latin : vin), le masculin dans certaines fonctions sociales, l'individu accompli (homo) ou le genre humain (avec un H majuscule). Ce n'est sûrement pas un hasard linguistique ; mais c'est une source de difficultés dans l'exposition. Dans tout ce chapitre l'homme désignera l'individu mâle (vin), en ce qu'il est différent de la femme.
* Texte extrait de <,Andrologie>, (Tome III) - Maloine éditeur, Paris.