INSTITUT D'ANDROLOGIE

comme dans le transsexualisme, il existe des cas extrêmes où non seulement le sujet n'acquiert pas son identité de genre masculin, mais même essaie d'acquérir une identité féminine.


En réalité, le processus d'identification masculine se fait lentement : l'identité reste longtemps fragile, d'autant plus qu'elle se double d'une peur profonde : celle de la confusion des sexes. Badinter la décrit très bien : " la confusion des sexes, l'indifférenciation sexuelle pèse comme une menace redoutable sur le sentiment d'identité... À l'origine le bébé n'établit pas de distinction entre le corps maternel et le sien. Contrairement à sa soeur - immédiatement identifiée au féminin maternel - l'enfant mâle doit faire un effort considérable pour se différencier de sa mère, prendre conscience de son propre corps et pénétrer dans le monde des hommes"...


Le garçon doit réagir, sortir d'une " protoféminité " (Stoller) dominée par la mère, pénétrer dans le monde extérieur, trouver un domaine de réalisations qui lui soit propre et lui permettre d'être autrement : prendre conscience et montrer qu'il est une créature différente de la femme (être dont il est le plus proche et dont le corps fabrique les bébés), sous peine de n'exister jamais. "C'est quand le garçon peut se séparer de sa mère, de sa féminité, qu'il peut développer son identité du genre plus tardive : la masculinité. Alors seulement, il verra sa mère en tant qu'objet séparé et hétérosexuel qu'il pourra désirer. Selon Stoller, la masculinité n'est pas présente à la naissance, elle est même menacée de façon latente par l'expérience de félicité vécue in utero avec la mère. Comme " le mâle transporte toujours avec lui le besoin pressant de régresser à l'état originel d'union avec la mère ", il est constamment en position de défense contre le féminin. Ainsi, les pulsions homosexuelles sont différemment vécues par l'homme et la femme... Le sentiment d'être mâle étant moins solidement ancré chez les hommes, l'homosexualité est ressentie comme une menace mortelle pour leur identité : " au fond, l'attirance d'une union avec la femellité maternelle terrifie et captive les hommes ". (Badinter).


De fait, la menace de décodage des stéréotypes par rapport au sexe est, pour beaucoup de gens, aussi dangereux et insoutenable que si leur sexe lui-même était menacé. Ils réagissent alors de façon agressive comme si leur identité était en jeu et comme si l'issue du décodage pouvait être une castration (" Je ne suis plus un homme ") ou une métamorphose ou homosexuel, en transsexuel ou en femme. C'est ce qui explique aussi que les mots considérés comme les plus injurieux ont une origine sexuelle évidente, ainsi : " enculé ", injure suprême qui renvoie à la femme méprisée, rejetée et avilie, mais aussi redoutée...


"L'incertitude de la virilité est encore accusée par l'absence de signe physiologique tangible du pouvoir de procréation. Dans toute société humaine, la plus primitive soit-elle, chacun sait qu'une femme peut avoir des enfants dès lors qu'elle a ses règles. Mais la capacité du mâle dans ce domaine n'est pas aussi apparente. Bettelheim pense que les blessures de l'initiation masculine ont pour objet de montrer que les hommes sont aussi féconds que les femmes. S'ils font couler le sang de leur sexe, c'est pour marquer qu'ils ont le même pouvoir qu'elles.


Les difficultés de l'identité masculine sont rendues plus aiguë encore par l'envie tenace que porte le mâle aux fonctions féminines, non moins répandue que l'envie du pénis chez les filles. Mais, contrairement à celle-ci, l'envie du mâle est profondément refoulée dans la plupart des sociétés humaines, parce que l'homosexualité masculine (à laquelle elle renvoie à tort ou à raison) fait toujours plus horreur que l'homosexualité féminine.

Les hommes ont donc à lutter plus durement que les femmes pour se différencier de l'Autre (féminin) et acquérir psychologiquement leur sentiment d'identité sexuelle. Déchirés entre le défi d'être un mâle et l'envie interdite d'être l'Autre et de posséder ses pouvoirs, les hommes ont inventé des rites pour les aider dans cette tâche : la circoncision est l'un des moyens de lutter contre l'horreur de la bisexualité originaire... La circoncision, renoncement symbolique à la bisexualité, est donc l'emblème