INSTITUT D'ANDROLOGIE

de l'humain unisexuel... De nombreux psychanalystes, tels Theodor Reich, Geza Roheim ou B. Bettelheim, ont montré que la circoncision détache le garçon de sa mère. Elle l'introduit dans la communauté des hommes et renforce sa masculinité. D'autres insistent sur le fantasme de «renaissance» mâle qu'elle occasionne : «Par la circoncision, le gland du pénis est libéré ; il émerge comme un enfant qui sort du ventre de la mère ; autrement dit, après la circoncision, un nouveau pénis est né qui ressemble à un phallus rétracté. Comme dans le système inconscient, ou dans la pensée primitive, une partie est prise pour le tout, ici c'est tout le corps qui se trouve identifié avec le nouveau phallus : l'enfant est né ; le garçon initié, circoncis, renaît sans prépuce et, ainsi, est un homme (Herman Nuberg)» (Badinter). Notons au passage que la circoncision est faite par des hommes et non par des femmes.


Le circoncision donne l'occasion d'évoquer les rituels de l'initiation et de leur importance pour l'identification. Certains rituels durent parfois plusieurs semaines ou plusieurs mois pendant lesquels l'adolescent se retrouve seul ou seulement en compagnie d'autres hommes ; il lui est interdit d'avoir un quelconque contact avec des femmes et surtout avec sa mère. L'initiation peut être à la fois une ou des cérémonies et des épreuves qui, si l'adolescent les réussit, démontreront aussi bien aux autres qu'à luimême qu'il est homme digne d'être accepté dans le monde des hommes et des adultes. L'initiation est donc un moyen psychologiquement frappant, physiquement démonstratif pour prouver que l'adolescent est bien un homme, capable d'effectuer les tâches réservées aux hommes dans la société où il vit.


L'initiation n'existe plus dans les sociétés occidentales. Sans doute y a-t-il encore la communion solennelle chez les catholiques ou la barmitsvah chez les juifs. Mais il s'agit moins d'une initiation que de prouver que l'individu a acquis une maturité religieuse. Notons d'ailleurs que maintenant filles et garçons sont en aube (unisexe ou bisexuelle) alors qu'autrefois le garçon était en pantalon et veste et les filles en «mariée»


Cette absence d'équivalent d'initiation fait peutêtre cruellement défaut au processus d'identification des garçons dans notre société. < Le problème permanent de la civilisation est de définir le rôle de l'homme de façon satisfaisante afin qu'il puisse, au cours de sa vie, parvenir au sentiment stable d'un accomplissement irréversible. En enlevant aux hommes le réconfort de modèles sexués différenciés, nos sociétés leur rendent plus difficile encore l'acquisition du sentiment d'identité. Faute de se sentir suffisamment ancrés dans leur propre sexe, les hommes redoutent que l'accomplissement de tâches traditionnellement féminines ne réveille en eux des pulsions homosexuelles...»

«En enlevant aux enfants mâles les repères sociaux de leur virilité, nous avons amplifié une difficulté naturelle qui devient chez beaucoup source d'un vrai malaise. Les difficultés masculines concernant leur identité et leur bisexualité résonnent dans les rapports qu'ils entretiennent avec les femmes. Si elles se plaignent plus ouvertement d'eux qu'ils n'osent le faire d'elles, ce sont pourtant les hommes qui sont les victimes d'une évolution qu'ils n'ont pas impulsée. Tout en reconnaissant volontiers la légitimité des revendications égalitaires des femmes, beaucoup les ressentent comme une insupportable menace pour leur virilité. La ressemblance des sexes leur fait secrètement horreur parce qu'ils y voient la perte de leur spécificité, au profit d'une féminisation excessive de l'humanité. Fantasme qui est certainement lié au désir tant redouté de la toute-puissance maternelle originelle. Certains penseront que ce mal-être masculin n'est que l'effet passager de notre mutation et qu'avec le temps, une éducation plus bisexuée encore et un peu de bonne volonté, le problème sera résolu dans le sens souhaité par les femmes. Tel n'est pas exactement notre point de vue. Le malaise qui s'exprime vient des profondeurs de l'inconscient et ne s'apaisera que si l'on admet que le modèle de la ressemblance, qui rapproche homme et femme adultes, doit laisser aux enfants des deux sexes toute latitude pour s'ancrer tranquillement dans leur différence sexuelle. La nécessaire mixité à l'école ou le partage des tâches à la maison n'exclut pas les revendications