INSTITUT D'ANDROLOGIE

posés et de construire non seulement leur identité, mais surtout une identité originale qui soit la leur propre. La démarche finale qui justifie l'individu et lui confère sa personnalité, c'est le passage de l'identique à l'original.

L'homme doit transcender par l'effort de sa propre intelligence son identité pour pouvoir s'épanouir au sein des rôles qui lui sont dévolus et devenir ainsi un " vrai homme ". Son originalité est source de progrès individuel, mais peut aussi être source de progrès social.

Finalement, l'identité masculine n'est pas seulement " la formation du concept de soi " (Stoller), un concept statique, c'est aussi une réalité dynamique. Chaque homme est de sexe et de genre masculins, mais il imprime à son identité une originalité, une marque qui lui est personnelle dans tous les rôles qu'il sera amené à jouer. II n'y a pas deux pères, deux fils, deux chefs, deux amant... semblables.

Chaque rôle masculin questionne l'identité de chaque homme et l'oblige à trouver une solution appropriée à une situation qui, si elle est prévisible, n'est jamais prévue dans ses modalités particulières et ses détails.


3) Identité et sexualité


Dans " l'aventure " de la sexualité, l'identité liée au sexe est implicitement et parfois explicitement engagée dans deux ordres de circonstance : le choix du partenaire et la mise en scène nécessaire au développement du rapport sexuel.

a) Le choix du

partenaire n'est évidemment pas hasardeux. C'est en fonction de la façon dont le sujet vit son sexe et l'identité ainsi bâtie qu'il va choisir un partenaire, l'Autre. II va l'habiller de ses fantasmes, l'investir dans un rôle lié à ses idées du sexe féminin ou masculin et de leur sexualité.

Un des éléments importants du choix est la reconnaissance (inconsciente) ou non d'une différence entre les sexes et de leurs sexualités respectives. En d'autres termes, pour l'homme, le sexe féminin, la sexualité féminine existentielle ? Et peuvent-ils être reconnus comme tels ?


S'il y a reconnaissance du sexe féminin, notamment par le biais de la bisexualité que j'ai évoquée plus haut, le rapport hétérosexuel pourra se développer dans des conditions épanouissantes pour chacun des deux partenaires. L'homme peut devenir un bon amant avec toutes les fantaisies que permet l'imagination.

II peut aussi y avoir non-reconnaissance du sexe féminin par différents moyens dont les deux plus courants sont l'évitement et la réduction du partenaire à l'état d'objet.


· L'ÉVITEMENT c'est le recours à l'homosexualité ; celleci fait de la femme un être à part, souvent dépourvu de sexe (mère inaccessible). Ainsi que le remarque P. Ariès : " La vulgate homosexuelle aujourd'hui écarte et repousse souvent les deux modèles antérieurs, le type efféminé et le type pédophile, et elle les remplace par une image machiste, sportif, super viril, même si elle conserve certains traits de l'adolescence, comme la taille étroite, par opposition au gros dur de la peinture mexico-américaine des années vingt et trente ou de l'art soviétique : le type physique du motard moulé dans son habit de cuir, la boucle à l'oreille, est devenue commune à toute une classe d'âge - sans distinction, d'ailleurs, C'est un fait d'expérience qu'on ne sait pas toujours à qui on a affaire : à lui ou à elle ? " Et Ariès ajoute

" L'effacement de la différence apparente entre les sexes, chez les adolescents, n'est-il pas l'un des traits originaux majeurs de notre société, une société unisexe ? Les rôles sont interchangeables, ceux du père et de la mère, ceux aussi des partenaires sexuels. Chose curieuse, le modèle unique est viril. La silhouette de la jeune femme s'est rapprochée de celle du gars. Elle a perdu les formes enveloppées qu'aimaient les artistes du XVIe au XIXe siècle, peut-être parce qu'elles sont liées à une évocation de la maternité...

L'adoption par toute la jeunesse d'un modèle physique d'origine sans doute homosexuel explique peut-être sa curiosité souvent sympathique à l'égard de l'homosexualité, à qui elle emprunte quelques traits, dont elle recherche la présence, dans les lieux de réunion, de rencontres, de plaisir."