INSTITUT D'ANDROLOGIE

lui permet de mettre définitivement en accord sa conviction intime, son comportement et la reconnaissance sociale dont on a vu l'importance dans la constitution de l'identité sexuelle.


4) Identité et pouvoir


Sans doute la force physique et l'intelligence, talents innés et développés, donnent-elles un pouvoir d'emblée sur la nature et les autres. Mais sans droits et sans rôles, elles n'auraient aucune chance, dans l'organisation de la société actuelle, de s'exercer.


Une fonction sociale confère des droits et procure un territoire ou un domaine d'activité, c'est-à-dire qu'elle ouvre des possibilités d'action à l'individu. Ces possibilités caractérisent le " pouvoir " et donnent éventuellement un prestige. Jusqu'en 1945, le seul fait d'être de genre masculin procurait automatiquement le droit de vote et le droit d'être éligible. Jusqu'à il n'y a pas si longtemps, le seul fait d'être un homme donnait au mari un droit de vie ou de mort sur les membres de la famille, voire du clan.


Les hommes du XIXe siècle et de la première moitié du XXe supportèrent assez mal l'existence des mouvements féministes dont les revendications, si elles avaient été satisfaites, auraient entamé le monopole masculin régentant la vie sociale et notamment politique.


Masculinité était alors (et est encore) synonyme de "structure de caste ratifiée par la nature" dès la naissance ; elle se traduit (-sait) par des comportements maints et maintes fois décrits dans les romans et rencontrés dans vie, ceux du " macho".


Parlant d'un personnage de l'oeuvre de Jean Genêt, K. Miller fait, entre autres, le commentaire suivant : " tout ce qu'il a appris lui a enseigné à identifier " masculinité " à force, cruauté, indifférence, égoïsme et propriété. II n'est pas surprenant qu'il considère son pénis comme un talisman : à la fois comme un instrument destiné à opprimer et comme le symbole même, comme la réalité, de son état. Sa " queue " lui paraît " belle " et " intelligente ". D'autre fois, il se vante de pouvoir soulever au bout de sa verge un homme d'un poids respectable. II associe automatiquement la sexualité à la puissance, à son plaisir solitaire, à la douleur et à l'humiliation de son partenaire, qui n'est pour lui qu'un objet au sens littéral du terme. Par l'acte sexuel, il affirme sa domination, annonce la caste élevée à laquelle il appartient et le prouve à une victime qui est censée se rendre, servir et s'en déclarer satisfaite.


" Et, plus loin : " Le vieux mythe du péché et de la vertu, le mythe de la culpabilité et de l'innocence, le mythe de l'héroïsme et de la lâcheté sur lesquels reposent les Grandes Figures, les antiques piliers d'une ancienne et décadente structure, sont aussi construits sur le sophisme sexuel. Lorsqu'elle tente de remplacer cet édifice corrompu et vacillant tout en préservant ses fondations, la révolution ne peut mener à bien son propre pari de transformation sociale ; elle se mue irrévocablement en contrerévolution ! "

Pour K. Miller, à en juger par les comportements, le sexe est une catégorie sociale qui, en tant que telle, mène la politique de ses intérêts.


Actuellement, les pouvoirs traditionnels de l'homme continuent d'être entamé

- grâce aux lois sur la contraception et l'avortement, le reproducteur n'a plus la maîtrise de la fécondation quand il le veut ;

- l'accès des femmes à tous les métiers fait d'elles des rivales dans la hiérarchie professionnelle ;

- le mari partage de plus en plus les tâches du ménage ; il n'est plus le roi de la maison et de la famille ;

- il n'est plus le chef unique et incontesté puisque l'autorité, depuis 1970, est devenue parentale et plus maternelle ;